Madi, avec un bras cassé, le visage tuméfié laissant deviner la rudesse du traitement subi, papier dans l’autre main faisant office de passeport rejoint manu militari, les autres « sans papiers français » venant directement du camp de concentration de Pamandzine appelé aussi camp de la honte. Ce camp, d’une capacité d’environ 70 personnes, peut accueillir jusqu’à 200 personnes en période de bonne pêche. Cette capacité d’élasticité, le place parmi le plus grand centre de concentration de France.![]()
Un jeune couple franco-mahorais (Ginette et Madi) se promenant tranquille à la rocade de Mamoudzou fut arrêté par la police pour contrôle d'identité. Le couple n'avait aucun papier avec eux.
Malgré les explications données par Ginette, le garçon est embarqué par la police qui ne s'est même pas donnée la peine de demander les papiers de Ginette.
Comme un malheur, n'arrive jamais seul ce jour là, il y avait un bateau prêt à appareiller pour Anjouan ce qui n'a pas donné l'occasion à Ginette d'aller chercher les papiers de Madi à Mtsamboro (ville située très loin de Mamoudzou)
La seule solution qui lui restait c'était d'accompagner son chéri comme clandestine, mais la police a catégoriquement refusé estimant que Ginette n'était pas comorienne et qu'elle n'avait pas le droit d'aller gratuitement à Anjouan.
- Vous êtes folle lui lança un Mouzoungou (un blanc) qui assistait à la scène :
- « Savez-vous les risques encourus pour revenir ici ? » « Vous n'êtes pas sûre de revenir vivante »
Un taximan surnommé Bwana Mdzouani (l'anjouanais), qui suivait ce film, proposa de ramener gratuitement Ginette chez elle sous les acclamations du public.
Lorsque Ginette a pris place dans le taxi, les bwénis (femmes) faisant partie du spectacle criaient (en shimaoré) à Bwana Mdzouani : « C'est l'occasion ou jamais, ce n'est pas ta sœur, fait un coup d'Etat à Madi».
Madi prendra t-il le risque de revenir précipitamment demain par kwassa (embarcation de fortune), ou attendra-t-il que Ginette lui envoie ses papiers pour revenir par des moyens légaux ? Ce qui est encore périlleux car Bwana Mzouani est très connu pour être un séducteur invétéré.
La nouvelle s'est répandue très rapidement au village de Madi, et chacun y va de son petit commentaire. Iboura le copain de Madi y voit un coup monté car Ginette avait refusé les avances d'un policier stagiaire originaire de Poitou-Charentes. Ceci explique peut-être cela.
L'embarcation pour Anjouan a été très mouvementé : Madi s'est battu de toutes ses force pour ne pas faire le voyage en vain. Il a même eu le soutien des chatouilleuses de Petite Terre contactées par la mère de ce dernier. La mère habitant Mtsamboro ne pouvait pas être là.
Les chatouilleuses ce sont ces dames qui vous étouffent par des chatouilles jusqu'à la mort.
Elles ont pris une part importante pour le maintien de l'île sous administration française. Leur rôle consistait à éliminer les indépendantistes par étouffement sous la bénédiction du maître, mais c'est une autre histoire. Elles sont devenues inoffensives au fil du temps. Elles sont réveillées de temps en temps dans leur sommeil par le politicien indigène du coin, à la recherche d'un soutien électoral.
Pour la libération de Madi, « l'armée » était commandée par une petite dame édentée, au nez écrasé, aux cheveux courts crépus poivre et sel, portant un tricot datant des années soixante-dix, où on peut à peine lire « Votez Giscard ». Sans sa jupé délavée par le soleil accablant de Petite Terre, on l'aurait considérée comme un vieux pépère au crépuscule de sa vie. Elle hurlait à qui voudrait bien l'entendre : « Karivindzé : Nous ne voulons pas », « wassi fou rantsy : nous sommes français » et reprise en chœur par une horde de femmes plus ou moins jeunes très excitées, prêtes à tout pour récupérer Madi. Elles ont pris la direction du port maritime de Dzaoudzi, occasionnant un embouteillage monstre au niveau de « Chez Rama », un des plus grands vendeurs de Gandia (boisson alcoolique très prisée à Mayotte, qui vous rend gaga en une fraction de seconde) de l'île. Rama est respecté et adoubé sur ce service rendu.
La police ayant appris la nouvelle de la descente des chatouilleuses au port, a envoyé en toute allure des camions bâchés en direction de l'aéroport faisant croire à « l'ennemi » que Madi va être expulsé manu militari par avion.
Le groupe fait alors demi-tour en direction de l'aéroport en criant toujours « Karivindzé » mais avec une diminution notable des « décibels ». La commandante est au bord de l'épuisement, sa voix ne résonne presque plus. Le mouvement de ses mâchoires donne l'impression d'entendre le mot « Karivindzé », mais il n'y a rien qui sort.
Avec l'aide de quelques badauds elles ont érigé des barrages filtrants aux niveaux des accès de l'aéroport pour exiger la libération de Madi. De loin on s'active pour un départ imminent de l'avion. Les chatouilleuses et les gendarmes se font face, séparés par le portail. Poussées par un effet requinquant et brutal de la commandante, elles étaient prêtes à en découdre lorsqu'elles ont appris comme un coup de massue le départ de Madi par voix maritime. Comment vont-elles retourner à Labattoir ? Qu'est ce qu'elles vont dire ?
La cheftaine fait semblant d'être dans tous ses états, mais son regard trahit un soulagement. Elle doit se sentir soulagée après une journée chaude, où elle connaissait par expérience le résultat.
Il est 13 heures, les passagers légaux comprenant les départs volontaires (ceux-là ne comptent pas dans le chiffre des reconduites forcées) attendent sous une chaleur torride de 35°C, leur tour pour monter dans le bateau. Ils sont environ une trentaine.
Madi, avec un bras cassé, le visage tuméfié laissant deviner la rudesse du traitement subi, papier dans l’autre main faisant office de passeport rejoint manu militari, les autres « sans papiers français » venant directement du camp de concentration de Pamandzine appelé aussi camp de la honte. Ce camp, d’une capacité d’environ 70 personnes, peut accueillir jusqu’à 200 personnes en période de bonne pêche. Cette capacité d’élasticité, le place parmi le plus grand centre de concentration de France.
Madi le mahorais, est pris dans la maille du filet de la PAF, car il n’avait pas sa « franceneité » dans sa poche. Il fait partie désormais des « pwéré », ces comoriens de Mayotte sans papiers français (pwéré : poisson proche du thon que l’on trouve dans les mers chaudes).
Tout le monde est à bord. Il est presque 15 heures, la mer est calme et lisse comme un miroir, donnant une sensation de bien-être. Le capitaine ordonna aux matelots de larguer les amarres. Le bateau appareilla vers 15 heures 15 minutes avec à son bord environ deux cents personnes.
Madi est resté pensif, il ne dit rien, il observe, pensant peut-être à Ginette qui est restée sur la terre ferme dans des bonnes mains, celles de Baco Mdzouani, le taximan anjouanais exerçant à Mayotte avec en poche sa « franceneité »
Cette quiétude fut interrompue par Mcolo, un pwéré invétéré qui est à son quatrième voyage cette année. Il exerce le métier de vendeur à la sauvette à Mayotte, spécialisé en produits cosmétiques clandestinement importés des îles voisine, comme le « Pandalaou ».
Il se met debout, esquisse quelques pas de danse à la manière de Jackson, en se touchant les parties génitales masculines, montrant à l’assistance que tout est bien en place malgré le choc subi.
Madi semble ne pas s’intéresser au show de Mconi jetant juste un coup d’œil fugitif à cette scène.
- Bienvenue, à bord, je vous souhaite bon voyage intervint Djaou, l’imam du groupe
Puis, demanda à Madi s’il fait partie des Hadjs, (A Anjouan, les refoulés de Mayotte s’appellent des Hadjs)
Madi d’un air meurtri, déçu, donna une réponse affirmative :
- Je suis un comorien de Mayotte, clandestin à Mayotte sans un bout de papier dans le cul . Un cas rare au monde. Ma copine n’a pas été inquiétée parce qu’elle est blanche. Eux peuvent circuler partout, sans ce petit bout de papier. Doit-on se blanchir la peau ? Doit-on se défriser les cheveux en complément de ce fichu papier pour être libre chez soi ?
Un mahorais clandestin ? Doit se demander le public
- Pourquoi tu n’étais pas avec nous au camp ?
Questionna, Fatouma une très belle fille, prise elle aussi dans la nasse paffienne (de la PAF)
- On m’a appliqué la loi de l’EGV (Expulsion à Grande Vitesse) réservée aux grands délinquants
- Tu as eu de la chance.
Intervint un vieil homme de plus de quatre-vingts ans, très fatigué avec une toux persistante. Son expulsion fausse le chiffre des malades atteints de la grippe porcine, recensé à Mayotte, mais fait augmenter celui de reconduites aux frontières.
- Tu sais, mon gars, on était entassé comme dans une « boite de sardine », on n’arrivait
pas à respirer, j’ai eu droit à un comprimé de Dafalgan lorsque j’ai demandé à voir un toubib. J’ai cru un instant que j’allais mourir au camp, wallah.
La description de la vie Pamandzine, rassure quelque part Madi qui doit s’estimer heureux, malgré ces quelques coups et blessures volontaires ayant entraîné une humiliation indélébile.
Mconi, reprend la parole en promettant plusieurs tubes de Pandalaou (produit blanchissant la peau) à Madi pour blanchir sa peau dès son retour à Mayotte. Mconi envisage de prendre le relais demain. (Embarcation de fortune appelé kwassa)
- Ne t’inquiète pas, mon grand je prend l’engagement de te blanchir, un blanchissement complet. Je te badigeonnerai même les affaires. Je ne veux pas un homme en couleur, un homme bleu blanc rouge.
L’ambiance est bonne enfant, tout le monde rigole, hormis le vieil homme, qui tousse beaucoup, qui n’arrive même plus à se lever pour aller cracher. De sa place, à quelques mètres de la fenêtre, envoie des missiles de crachat à travers la fenêtre et cela ne dérange personne.
Tout d’un coup, Madi s’est mis à pleurer. Le bateau est entrain de traverser sa ville natale, son « Mtsamboro ». Il s’est mis à crier :
- Ginette, Ginette, je suis là, tu m’entends, chérie ?
- Pourquoi tu ne me réponds pas ? J’espère que tu n’as pas trouvé un autre ?
Ginette osera-t-elle tromper son chéri qui est entrain de contribuer à la hausse du chiffre des reconduites à la frontière ?
Il a fallu l’intervention de Djaou, l’imam pour calmer son compatriote. Et d’un ton sambiste (éloquent), Mconi assène :
- Dans quelques instants, nous allons quitter le lagon de Mayotte, un lagon certes beau et grand, mais nauséabond, une odeur qui ne fera pas apparaître dans leurs films les nombreux cadavres qu’il contient. Le plus beau lagon du monde est aussi le plus meurtrier le plus génocidaire.
Aucun, bruit n’est perceptible à l’oreille, mis à part le ronflement du vieillard confondu avec celui du bateau qui forment ensemble un seul ronflement
- Savez-vous, pourquoi on nous appelle « pwéré », parce que nous finirons là en désignant le lagon. C’est notre dernière demeure. Avant de rendre l’âme, nous nous communierons d’abord avec les poissons qui sont là. Nous sommes des poissons, des « pwéré »
Allah Akbar (DIEU est. grand) scanda l’assistance.
- Qu’est ce que font nos dirigeants ? Il leur est même interdit de présenter des condoléances aux familles de ces « pwéré ».
Un petit balancement du bateau se fait sentir, le bateau quitte le lagon, l’îlot Mtsamboro est derrière nous, laissant apparaître une grande masse devant nous, qui ne peut être que l’île d’Anjouan, située à environ 50 km de Mtsamboro.
- Mes amis, regardez cet îlot qui est derrière nous, l’îlot Mtsamboro. Quel est son statut ? A-t-on demandé aux singes qui s’y trouvent, s’ils sont mahorais ou m’tsamborois ? Pourquoi ce qui est valable à une catégorie des singes ne l’est pas à une autre catégorie ?
Le bateau fonce vers l’île d’Anjouan, et l’imam tient son auditoire quand soudain deux pets bruyants et indolores envoyés par Madi interrompirent son prêche.
- Que Dieu te bénisse, qu’il te donne plus de force pour aller encore plus loin. Voilà un vrai homme. Apprécia la belle demoiselle Fatouma.
- Comme dirait l’autre : «Mieux vaut un pet bruyant qui sort avec éclat qu'une fesse endormie qui vous trahie tout bas ! » répliqua Madi d’un air joyeux.
- Quel soulagement ! répète Madi
Prochainement : Baco Mdzouani est invité chez Ginette et prend cela comme une déclaration d’amour
Mhogo Majarou de Mtsanga mbwa
Source : Chissiwa mbouzi avec http://wongo.skyrock.com/




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