Vous etes ici : Accueil > Mayotte > Politique > Pression sur la police aux frontières

Pression sur la police aux frontières

Réagir Favoris Envoyer à un ami Imprimer -A A+

Au CRA aussi, la pression est terrible. Dans un document rédigé à l?attention de sa direction en 2008 et qui circule sous le manteau, un officier énumérait les "exactions" et "la traite inhumaine"

Pour obtenir les chiffres de ces trois dernières années, il faut presser les policiers jusqu?à la dernière goutte et ne pas être trop regardant vis-à-vis de la loi. Paroles de flics.

 

"Depuis des années, on nous presse. Celui qui n?est pas jugé assez efficace dégage. Mais pour être efficace, il faut ne pas respecter la loi !" dénonce d?emblée Patrick (1), dans la police aux frontières depuis plusieurs années. Comme ses autres collègues qui ont accepté d?évoquer leurs conditions de travail, Patrick a souhaité garder le plus complet anonymat ? mention ni du nom, ni de l?âge, ni du nombre d?années passées à Mayotte. "Les pressions sont plus fortes", explique-t-il.

Ces pressions prennent parfois le nom de "vol bleu". "Un vol bleu", explique Michel (1), "c?est un retour à l?envoyeur. 'T?es pas content : tu retournes en Métropole' : Voilà le discours de la hiérarchie. C?est une menace permanente. Dès qu?on arrive ici, on apprend ce mot tant redouté". Car si un petit nombre d?agents vivent mal leur mission ici, beaucoup font avec : la prime, au bout, n?est pas négligeable. Il y a celle du déménagement ?autour de 15 000 euros, en fonction du nombre d?enfants. Celle de l?éloignement ? entre 35 000 et 40 000 euros en moyenne ? payée en deux fois : un cinquième au début, le reste à la fin des deux ans. Il y a aussi la prime aux résultats, plutôt bonne à Mayotte. Logique, donc, que "tout le monde ou presque ferme sa gueule et fasse ce que veut la hiérarchie". D?autant qu?au bout de deux ans, il y a une troisième année possible. "Si la hiérarchie accepte?"

Ce qu?elle veut ? Du chiffre, rien de plus. "Tout le monde, du simple chef de groupe au préfet, sait que les chiffres obtenus depuis trois ans à Mayotte [16 000 reconduites par an, ndlr] seraient irréalisables si on respectait la loi", dit Nicolas (1). "Ici, on accepte tout : des comportements inacceptables vis-à-vis des clandestins ; des méthodes hors-la-loi ; des incompétents?" dénonce-t-il.

Ceux de la nautique sont les plus exposés. "Chaque mois, la hiérarchie établit un tableau du nombre de kwassa interceptés. Si un groupe n?en fait pas assez, son chef est réprimandé", affirme Patrick. Les rapports dénonçant le manque d?efficacité d?un chef de groupe qui a fait à peine deux ou trois interceptions en moins par semaine hantent les journées de certains agents, qui finissent par craquer. "Moi, j?ai dû assez aider beaucoup de gars pour qu?ils ne coulent pas. Ce que l?on vit, c?est invivable", dit Michel. "Et les syndicats ne disent rien !" ajoute-t-il, avant de poursuivre : "Après, faut pas s?étonner si on aboutit à des accidents comme en décembre 2007.

 

"Quiconque ose l?ouvrir passe pour un emmerdeur"

 

Au CRA aussi, la pression est terrible. Dans un document rédigé à l?attention de sa direction en 2008 et qui circule sous le manteau, un officier énumérait les "exactions" et "la traite inhumaine" que subissent les sans-papiers retenus. "Il serait souhaitable de mettre fin aux fantaisies concernant la prise en charge des interpellés par le chef de poste. Comment les accepter alors que la privation de liberté est des plus surprenantes? En effet, non placés en garde à vue, ni en vérification d?identité comme le prévoit la loi pénale, leur détention au centre de rétention est arbitraire, puisqu?ils ne sont pas détenteurs non plus d?un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière, ni en zone transit. Il conviendrait donc afin de pallier à ces lourdes carences de formalisme et afin que la procédure pénale soit respectée, de collationner et consigner en premier lieu la petite identité de chaque personne interpellée sur le procès verbal d".

 

Le document poursuit ainsi : "Le respect de ces règles procédurales élémentaires, ne laisserait plus le Chef de poste en porte à faux vis-à-vis d?un hypothétique contrôle de hautes instances. (?) L?observation de la procédure pénale et administrative exige de même, que lors d?un procès verbal d?audition, le mis en cause doit être "entendu", et doit recevoir une réelle notification de ses droits ainsi que la remise en main propre de son APRF, lors de ce même procès verbal qui ne doit pas souffrir d?une altération des principes fondamentaux du droit. (?) Faut-t-il rappeler que la rédaction d?un faux procès verbal est un délit (?) ? "

"Celui qui a écrit ça est sur la liste noire aujourd", dit un de ses collègues. "Parce que quiconque ose l?ouvrir passe pour un emmerdeur. Même quand il s?agit de dénoncer des actes condamnables devant une juridiction". "Pour la hiérarchie, une seule chose compte : le chiffre. Si elle apprend qu?il y a eu des abus, au CRA ou lors d?une interpellation, elle ne dit rien, car elle sait que c?est indispensable si l?on veut atteindre les objectifs. Ici, il n?est pas question de professionnalisme mais bien d?intérêts personnels. Chacun vise une promotion à la fin de sa mission. Et beaucoup d?agents visent le grade supérieur", assure Nicolas. Ceux qui ne montent pas en grade, poursuit Michel, "ce sont ceux qui ouvrent leur gueule et rappellent le droit". Quelle idée !?

RC

(1) Prénoms d?emprunts

 

Source : upanga n°3 du 3 juin 2009 via http://wongo.skyrock.com/

Auteur : chougoujou
Catégorie : Politique
Publié le 06 juin 2009 à 16:06:56
Article lu 2023 fois

  • Currently 5.57/10
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10

Note: 5.6/10 (7 votes)


COMMENTAIRES L'auteur Rédacteur Invité

mayotte toujours combattente
ASALAM QUE C EST INADMISIBLE D ENTENDRE ET DE VOIR CELA SANS POUVOIR RIEN FAIRE.G UN MESSAGE AUS MAHORAIS COMORIRNS ET AUTRS HOMMES POLITIQUES COMORIREINS SURTOUT ,JE NE CHERCHE PAS DE COUPABLE MAIS SEULEMENT CHACUN D ENTRE NOUS DEVRAI SE RENDRE A L EVIDENCE DE SA RESPONSABILITE FACE A CE DRAME.NOS FRERES ANJOUANES NE MEURENT PAS DANS L OCEAN PAR PLAISIR MAIS AU COMORES CE N EST PAS UN SECRET POUR PERSONNE ,IL NY A NI STABILITE POLITIQUE NI ECONOMIQUE JE M ABSTIENS A CELA.MOI JE PENSE QUE LE REEL PROBLEME N ESt PAS LA DEPARTEMENTALISATION DE MAYOTTE,CAR CELA N EST D AUTRE PART QU UNE SOLUTION SI JPuIS J DIRE ou meme une des consequences A L INSTABILITE COMORIENNE; enfIn si d autreS ont mieu a proposer face une tèle misère et je pése mes mots. vive la liberté,je sui une jeune mahoraise de 22ans mariee a un magnifique jeune comorien et nous avons un grand reve en comun c est de voir un jour voir nos enfants et generation future des quatres iles soeures ,francaises ou comoriennes vivre en paix est l unique but d un combat legitime.salam

Par MYOTTE   Le 27-11-2010 à 03:56 Signaler un abus

truc
Que fout la France à Mayotte ? Quand un gouvernement écoutera-t-il enfin ce que lui disent les Français ?

Par chnock   Le 11-06-2009 à 19:01 Signaler un abus
   

Commenter cet article ci-dessous :

Remplissez le formulaire ci-dessous, et validez votre envoi







si vous n'arrivez pas à voir le code Cliquez ici





 

Devenez acteur de vos propres écrits

les dernières parution
  • 19/10 La France commet des «...
  • 25/09 ALLOCUTION DU PRESIDENT...
  • 26/08 MAYOTTE A DROIT À SON V...
  • 18/08 COMORES : La LDH soutie...
  • 13/08 COMORES : Bounou annonc...
  • 10/08 Mayotte : Etudiants mao...
  • 04/08 COMORES : Vive SAMBI ! ...
  • 12/07 MAYOTTE (COMORES) : UN ...
  • 07/07 IL FAUT REFUSER LA DEPA...
  • 24/06 COMORES : COMMENT LE SE...
  • 06/04 DESORMAIS A MAYOTTE, LE...
  • 06/04 UN MAHORAIS EXPULSE DE ...
  • 06/04 COMORES : LE LOGEMENT D...
  • 21/02 MAYOTTE – ANJOUAN- MAYO...
  • 18/01 COMORES : SAMBI A REFUS...


Copyright (c) 2012 Outremerveilles